Mais oui, c’est facile, t’as qu’à bouffer moins et bouger ton gros cul, hein !
Combien de fois on a pu entendre ce genre de considérations hautement intellectuelles à droite et à gauche, dites sur un ton de dédain (si ce n’est de dégoût) profond, de la part d’une midinette (ou d’une vieille peau) qui se complaît dans ses 49 kilos (pas 50, surtout pas 50, sinon pas besoin d’attendre le 21 décembre pour qu’arrive la fin du monde).
A toutes ces nanas-là, je ne leur souhaite qu’une chose : qu’un jour il leur tombe dessus la même merde que celle que je me traîne moi.
20 kilos en un an et demi, on ne sait pas pourquoi, on ne sait pas comment.
Depuis janvier, j’ai tout pesé, tout noté, tout pointé. Pendant 7 mois. Un total calorique tournant entre 850 et 1300kcal par jour, selon mon appétit et mon activité.
Du sport, j’en fais dès que je peux, et crois-moi, midinette (ou vieille peau) dédaigneuse, tu pourrais t’accrocher pour me suivre à la salle et y faire ce que j’y fais.
Pendant 7 mois j’ai vu mon poids osciller entre 74 et 77 kilos, suivant un cycle immuable : à la fin de mes règles je perds 1kg, puis ça stagne pendant l’ovulation, puis j’en reperds 1 ou 2, et une semaine après ça remonte, ça remonte et ça recommence.
Depuis deux mois, j’ai lâché l’affaire, je mange de tout et n’importe quoi, selon mes envies, selon ma faim, et mon poids oscille toujours entre 74 et 77 kilos (preuve que le zermatage fonctionne ?).
Hier j’ai reçu les résultats de mes dernières analyses sanguines, et une fois de plus, tout est normal. Aujourd’hui j’ai rendez-vous chez un (énième) endocrinologue, celui-ci aussi nutritionniste, renommé et connu pour son expertise des problèmes de thyroïde. Son dada à lui c’est le régime IG, je veux bien le suivre si ça lui fait plaisir, de toute façon la majorité de ce que je mange rentre déjà dans les IG à privilégier.
Au point où j’en suis, je te dirais, je suis même prête à suivre le régime Dukan (t’énerves pas, je déconne, j’ai quand même des limites à ne pas dépasser).
Aujourd’hui j’ai peur. Peur qu’il me dise lui aussi qu’il ne peut pas m’aider, qu’il n’y a rien à faire pour me retrouver et qu’il va falloir que je me décide à l’accepter.
Je ne suis pas prête à m’accepter. Tant que je ne croise pas un miroir, tout va (à peu près) bien. Tant que je ne dois pas acheter de fringues, tout va (à peu près) bien. Tant que je ne dois pas choisir des vêtements dans ce qu’il reste de mon dressing pour sortir, tout va (à peu près) bien.
Plus encore que le handicap, mon corps me pèse. C’est con non ? J’arrive à accepter de ne plus pouvoir travailler, à accepter de perdre mes neurones, à accepter de perdre ma mobilité, à accepter de morfler, mais je n’arrive pas à accepter de ne plus me ressembler. Pas que les regards des autres me gênent, tu n’as pas idée de ce que je peux m’en moquer. Pas que dans l’intimité mes formes me gênent, le regard de mon Ours lui n’a pas changé. C’est juste entre moi et moi, dans ma tête je ne suis pas (et ne serai jamais) une petite grosse et c’est pourtant ce que le miroir me renvoie chaque fois. Et partager ma vie avec un dieu vivant qui lui peut engloutir toutes les cochonneries qui lui font envie n’est pas forcément fait pour aider.
Alors aujourd’hui je vais y aller avec la peur au ventre, et en même temps espérer. Demain je te raconterai. Ou pas. On verra.
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Ndlb : je parle du mépris des "minces" pour les "grosses", mais l’inverse existe aussi et je ne le tolère pas plus. Je me souviens d’un jour où je mangeais un croissant dans la rue et où en passant à côté de deux filles rondes, une des deux m’a lancé "vas-y, fais-toi plaisir, toi tu peux" sur un ton empreint d’agressivité. Grosse ou mince, soyez méchantes et agressives, ça ne prouve qu’une chose : vous êtes malheureuses et aigries. Avant je vous aurais souhaité d’être un jour heureuse, mais voilà, j’ai grandi, et mon seuil de tolérance s’est singulièrement amoindri.
Ndlb bis : désolée si cet article est brouillon, tu sais à quel point j’ai du mal à parler de ce que je considère comme mon intimité.




















